L’inachevé de la joie – 41 – St-Adolphe-D’howard, Montcalm, Lac Misère, Québec

Au refus global nous opposons la responsabilité entière
Manifeste du refus global

St-Adolphe-D’howard, Montcalm, Lac Misère, Québec
45,973 345 778 102 31, -74,433 564 768 154 35

Contre les pierres sombres des falaises où goutte à goutte goutent les stalagmites de glace d’un mont sans nom.
Le goutte-à-goutte comme un compte du temps qui n’est pas le temps. Son évènement dans l’espace, pour la terre et le ruisseau qui descend du lac Misère vers le lac Merisier.

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De l’eau comme compte du temps, puisqu’il pleut aujourd’hui, le temps semble s’allonger. La voûte des nuages ajoute de la lourdeur à l’air. La respiration est plus lente. Chaque goutte de pluie est un évènement sur la pellicule d’eau du balcon. L’aurore sans couleurs est l’aurore.
Pourtant rien de tout cela n’est vrai.

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Eau mélangée avec la terre donne la boue aux pieds. Homme de glaise qui tombe en lambeaux en elle.

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Dans une vallée les gouttes sont rassemblées, au sombre des rochers, entre soleil et ombre, en hiver, stalagmites.

Dans la vallée un léger ruisseau, auquel correspond à vingt minutes de marche, la décharge du lac Sans nom, descendant la même hauteur vers un autre lac.
Ces évènements, les deux ruisseaux, se répondent.

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Dans le ruisseau mon écriture coule légèrement.

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Il ne s’agit pas de lieux, mais de souvenirs des lieux, qui goutte à goutte se distillent en moi.
Le lieu est une image formée des passages en un lieu : une petite vallée, sans chemin, entre deux monts.

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Les gouttes assemblent le ruisseau écrit par ses pierres.
De l’eau gelée goutte sur la pierre, quand le soleil.
Les pluies d’hiver induisent des stalagmites bruns, glace à la terre mêlée, côtoyant des lances claires de neige fondue, issues d’un écoulement lent.
Le poisson est loin, dans le lac, mais lié comme moi à ces gouttes d’eau.

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En hiver, continuellement, la neige fond, formant les ruisseaux.

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L’eau m’éveille à la vie. Ne pas oublier ce qui coule en moi de l’océan. Son battement dans mes veines. Je ne l’entends pas.

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Cette eau qui nous a lavés, qui nous a vu, nous a entendus, depuis des centaines de milliers d’années, nous les hominiens. Goutte à goutte. En vapeur, en liquide, en glace, jusqu’aux océans.

Les stalagmites accrochées aux rochers de la falaise, lentement distillant les pensées de l’eau jusqu’aux vagues de l’Océan.

Les fruits ne tombent pas dans la main, mais la main les prend, comme l’eau. La main forme un nid, une cuvette, les doigts se referment les uns contre les autres.

La vallée recueille l’eau en une cuvette. En elle se décharge le lac. Alimentée par les monts de part et d’autre, elle descend vers un autre lac, 200 mètres plus bas.

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L’écoulement nous écoute aux frontières du vivant.

Pour les Innus, la rivière est un organisme. Je peux dire avec eux qu’elle parle. L’Occident énonce une frontière entre le vivant et l’inerte. Une zone intermédiaire est mobilisée quand l’inerte est en mouvement

L’inerte est toujours dans l’espace ( en l’espace temps), tourbillons déplacés en ses feux ( magma et explosions, glace qui fondent et se métamorphosent, état de la matière modifiée de trajectoires). Même dans ce qui est nommé le vide sidéral. On sait maintenant que le vide est mobilisé. L’inerte est plus proche du vivant qu’on ne le pense.

Ainsi tombe lentement l’eau pour le vivant ruisseau.

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Le substrat d’où la parole émerge ( depuis des dizaines, des centaines de milliers d’années) est mobilisé et mobile. Depuis des milliards d’années, en changements. La parole dit ces modifications de l’inerte mobilisé, transformé; et la transformation induit d’autres transformations, recevant l’énergie de la lumière, qui énonce les vivants.

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De la coulée, je me lève. D’une goutte d’ombre, je respire.


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Avec la froide emprise, le ruissellement forme ces cônes de glaces. Les eaux qui gouttent de la neige et des pluies rejoignent les bords de la falaise. S’y déploient des stalagmites, pour notre joie. Joie de l’éphémère, l’éphémère de nos joies. Notre joie de découvrir les glaces qui fondent.

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Par l’éclat du soleil
L’eau fuit la terre
Et la retrouve sur la roche
Pour les teintes ocre et noires
Chansons de préhistoire
Dans la voie blanche des pas

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Le glas je l’entends
Quand l’eau à chaque fois
Imagine la dernière goutte
Du stalagmite tombée sur la pierre
Qui a reçu de tant de printemps
La sueur de la terre

À l’horizon d’Océan

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La stalagmite disparue est la forme de la mémoire qui se joint au paysage.

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Ma forme soluble
Un gong de la terre
En elle mon cœur espère
Les pas de boue

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Couché dans la coulée
Me remémorant la boue
J’étais le seuil
Où la lumière arrive

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Stalagmites
Gisants debout
Au seuil de la falaise
Une eau de mémoire

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Dans ces pages, il y a souvent l’idée d’une fusion avec la nature. La fusion ultime serait la mort? En accord avec cette idée : m’asseoir contre un arbre et attendre la mort.
Des notions d’animisme, d’interpolation, de résonnances, d’immixtion traversent cet écrit. Parlant des lieux, on ne parle pas nécessairement de la nature. Pour l’Occidental la nature est un espace à l’écart de la culture. L’utilisation du lieu dans cet écrit vise à abolir cette séparation.

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Eau de fonte
Suspendue aux falaises
Goutte à goutte
M’ouvre au chatoiement de la lenteur des neiges
Contre les pierres résonnances noires de la terre

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La poudre d’eau sur la pierre
Comme un éblouissement
Où poser la main
Retrouver la langueur du lieu
Son empreinte
Pas sur la neige effaçant les yeux

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Les pas réapparaissent contre le vent
Pour mener au lac
La lente assemblée des songeurs
Gouttes à gouttes distillent en moi leurs transparences

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Traces de skis, de raquettes s’enfonçant assez profondément dans la neige, le long des parois de glaçons, je descends vers d’autres neiges, entre les arbres.

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Une âme d’eau
Entre les pierres et la terre
Couches de lumières les unes aux autres liés
Comme le tranhumanar
Le corps tiède à la montée
Se refroidit à la descente
Cherche un autre souffle
Une autre respiration des éblouissements de neige
Jusqu’aux glaces qui gouttent
Entre le ciel et l’eau du lac

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Mon âme n’étant que l’eau de mon corps
Jusqu’à l’océan