Inachevé de la joie 42 – Lascaux, France

Au refus global nous opposons la responsabilité entière
Manifeste du refus global

Lascaux 4 - Centre international de Montignac-Lascaux, 
45.05913142616109, 1.1696249836968762


Aurore aux doigts de rose, au visage d'or.

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Lascaux, une chambre de résonnances.

Comme le lieu d'écriture du poème.

Non pas le goutte à goutte du temps mais la resonnance du lieu en ses figures.

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Le lieu qui créé les vivants, qui font résonner le lieu de leurs vies.
Leurs résonnances dessinées en figures vivantes, qui parcourent le lieu de pierre. La cavité qui résonne de leurs chants, de leurs dessins, des figures surgissant du lieu.

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Au soleil levé, tremblant.

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Je sens le léger souffle venu de la caverne, son odeur humide, peut-être animale, je ressens sa résonnance au vivant, à nos vies.

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Aube magnifique ce matin vue de ma fenêtre. Les arbres ne sont pas encore en feuilles. Les jours dépliés en plus long. Bientôt l'été : où le passage des saisons serait le passage du temps.

Il est aussi en ce lieu, à l'apogée de la lumière , de retour à Lascaux, il y a 15 000 ans, comme ici. Le temps que l'on dit préhistoriques, parce que nous ne pouvons pas imaginer un mode de vie et une culture qui aurait vécu plus de 35,00 ans, de Chauvet à Lascaux. Notre civilisation nous semble tellement forte, tellement inscrite dans la continuité, pourtant elle n’est une petite part de toute l'expérience humaine.

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En ce lieu, Lascaux, le fac-similé d'un lieu, la caverne de Lacaux, Lascaux 4.

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Au cours des ans, à cette époque, la nature n'était ni un fardeau, ni une conquête en tous ces lieux qui résonnent à travers les animaux et les signes dans les cavernes.

Ainsi ce monde dit préhistorique, parce qu'il serait encore intimement lié à ce que l'on apelle la nature, est-il écrit.

Les écritures de Lascaux sont des résonnances, et les grottes, des chambres d 'écho ou des chambres d'écriture.

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L'aurore : un étagement de nuages, ce matin.

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Traces des doigts dans la glaise.

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Le dos d'un cheval gravé puis peint d'un seul geste. En accord avec le lieu, donné à la peinture, aux gestes, aux sons des voix. Entendre dans la pierre chaque mort en résonnance de chaque vie – animale.

Peint, vivant à nouveau, mobilisant la pierre, la faisant s'ouvrir et bouger sous mes yeux, dans ma voix.

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Joie intense d'un retour et d'une rencontre si ancienne. L'autre qui parle dans la pierre est un animal.

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Le doigt dans la glaise. Un animal dans la pierre.

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La couleur commence à bouger, à nous former.

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Aux Ézies, la Vézère nous accompagnent jusqu'à Lascaux.

L'eau de la rivière prend son sens dans une caverne où elle est passée. Là où elle aura jailli :les animaux, les signes. Là où elle aura rencontré la roche : les cavités, les résonnances.

Le long de la Vézère , falaises blanches, refuges, promontoir ou voir se dèployer les méandres des lieux.

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Je m'avance vers les répliques et les tremblements.

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Descendant la rivière, dans les Ézies, je pourrais arriver à Lascaux. J'aime ces noms, qui étaient tout autres, dans la langue ancêtre, dans le temps ancêtre. La caverne était peinte, les fallaises habitées, les rives, où se nourir et célébrer l'abondance, arpentées.

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Lascaux 4. Réplique de Lascaux, la caverne. Réplique au seuil de mes tremblements. Descendant un long couloir de béton, bordé d'un mur de pierres taillées, vers l'ouverture de la caverne peinte, dans une autre dimension de la Terre.

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Je ne contiens pas Lascaux. Lascaux me contient en son tremblement.

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Je ne peins pas la nuit
De leurs miracles
Animaux de leurs gestes
Revenant vers moi
Au seuil de la grotte
Tremblant de joie

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La rivière poursuit son eau, lentement ou rapidement. La caverne, nuit permanente, enregistre chaque trace de lumière, le reprend, la prend, la dépose en son obscurité qui continuellement surgit d'elle même.

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Traversant la Vézère, j'entre dans la grotte, réplique du geste des ancêtres.

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Ancêtre, quel mot étrange, anse être. L'anse où l'on entend la mer, où elle se calme, pour offrir les départs.

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En ce lieu, d'autres corps, une multitude de corps animaux. Issus de l'obscurité, ils ont parlé, ils parlent de leurs couleurs et leurs courses. La caverne est l’obscurité où l'on entend naître le monde. Pierre fluide où trouver des mains.

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En chaque lieu son temps. Il semble vous tomber dessus, parfois. Comme un bloc irreprésenttable, Une concrétion.

Ou tel un stalagmite, accumulation lente de matière. Calcaire des instants.

Les instants sont liés à leurs espaces et lieux.

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Combien de lunes et de soleils en ce lieu précis où la caverne s'ouvre?

Compter les lunes, prévoir les retours, revenir aux lieux n'est-il pas une façon de pouvoir appréhender les milliers d'années de leurs vies sur terre? Notre façon de compter ce que nous appelerons le temps, comme un simple donnée mécanique qui n'est pas lié au lieu et à l'espace, nous empêche de comprendre ce que peuvent représenter ces milliers d'années, ces dizaines de milliers d'années.

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La porte s'ouvre.

La caverne, lieu où chaque strate d'obscurité s'additionne pour un noir parfait où inscrire la lumière.

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Un silex dans la main

J'imagine la beauté du silex
De main en main

En suspens dans l'obscurité

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Vache noire aux ciels de pierre

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Pierre aux ciels
Lègère de chevaux et d'aurochs
Émergeant de leurs obscurités

Leur beauté irradié sur la pareoi
Qui recoit mes cornes
Et les mains au bout des bras

Tracent les animaux de leurs destins
Éveillés à l'eau qui a faconné la pierre
Rivières de gestes qui m'éblouissent

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Des néandertaliens ont détaché des stalagmites ont formé les murs d'un lieu imaginaire dans une caverne.

À Lascaux, par la peinture, le lieu émerge comme la transcription etl'effectuation d'un monde, de ses mythes.

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Le lieu de Lascaux : des peintures qui nous font émerger comme êtres humains, qui disent ce qu'il est d'être humain. Je ne sais comment, mais je le ressens après mon entrée dans la grotte reconstitué, dès la vue du premier panneau.

Ce n'est pas le temps qui se produit en moi mais le lieu. Même si ce lieu est construit, est un fac-similé, une représentation, il agit en moi de façon décisive et me boulverse.

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Entrant en moi, la caverne me dénome, me fait animal.

Elle me projettte dans cette nature animale de l'homme qui parle avec les autres (animaux).

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La langue poétique peut donc advenir. Les doigts tenant la flamme qui bouge avec aimmaux sur la pierre fluide de leurs lignes.

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Ceux qui sont entrés avant moi dans ce lieu, il y a des milliers d'années et pendant des milliers d'années, ont eu la même sensation, celle d'être avec le monde, à part entière, de résonner de tout ce qui est nommé la nature avec celle qui est nommé humaine. Un surgissement avec le monde. Dans la caverne avec la pierre, l'eau et les animaux, il apparaît, le monde, avec le feu entre les mains.

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Passé le seuil, à l'arrêt devant les tracés , subjugué d'invocations puisque de la pierre imaginée transpirent les figures animales qui dévalent en moi pour m'emporter, qui flottent en moi pour me soulever. Je suis aussi la lumière et l'incandescnce d'un feu dans mes mains. Je tremble avec la flanme et les animaux. Je suis avec eux dans la pierre du monde d'où nous surgissons.

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Comme les autres humains je ne peux concevoir le temps, passé, des humains qui adviennent, je ne peux que comtempler les lieux de leurs émergences, et être avec eux dans ces lieux.