Inachevé de la joie 45 – Plage de l’Anse à la cabane, ruisseau Lebel, Îles de la madeleine
Au refus global nous opposons la responsabilité entière
Plage de l’anse à la cabane, ruisseau Lebel, Îles de la madeleine 47.21955043103415, -61.99352363513628
En somme, si le paysage me modèle, je le modèle en même temps de mes mots. Apparaissant en lui, je deviens jambes, bras, visage, main.
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Moi qui serai de glaise ?
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De l’argile, façonnée par mes mains, trois visages, près du ruisseau dont les sinuosités changent chaque jour. Avant de le franchir, pieds nus, éprouver sa fraicheur puis tendre les mains vers la glaise, la rouler en une boule.
Le lieu me forme de ses sables agglomérés, de sa terre ductile, de ses rochers rouges. Je ressens l’écoulement doux et froid, son sable sur mes pieds et dans la mer, océan dans lequel je plonge.
Mes mains sont tachées d’ocre, il résiste à l’eau saline.
Les visages sont apparus, déformés, grotesques. Ils fixent leur disparition de la plage, dans la plage, avec les éboulis de glaise et de sable aggloméré qui seront emportés avec eux.
Modifiés par mes actions et par mon environnement et l’univers, mon corps, mes pensées.
Ce qui m’entoure, comme une aura et une enveloppe, me délimite. Je suis une si petite part de l’univers, avec ce lieu ou en ces lieux; que je modifie par les minuscules évènements de ma vie.
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La glaise de l’Anse à la cabane, je la retire de la falaise. Je la pétris à même l’eau du ruisseau afin de former les visages en ce lieu. Je l’exprime en traits flous et grotesques. Parce que l’argile est trop humide, elle ne retient que partiellement mes gestes.
La marée ronge la falaise, y dessine de larges échancrures, lessive continuellement son substrat de terre agglomérée, mordant les veines de glaise, accentuant les fissures.
Effritement inéluctable de la côte qui devient plage pour mon corps. Ma joie d’y être se juxtapose au désespoir de l’érosion de l’ile de Havre Aubert et de Millerand.
Mon visage et leurs visages participent à cette destruction qui donne le sable sous mes pieds.
Je lave mes mains et me lance à l’eau.
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Un autre jour, la plage s’élargit, se brume, se fissure en un son plus lent, plus blond, plus aéré. L’eau des vagues si longues, plus denses, à mes pieds.
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Toutes les sensations ne peuvent être qu’au lieu, mais fragiles et incarnées, elles sont du lieu lié au corps qui vibre de cette âme, l’univers.
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Les visages qui regardent l’Océan n’ont pas d’autre corps que la terre.
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Mes mains tachées de rouge à dissoudre lentement dans les eaux de l’Océan.
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Je puis être le sable, l’eau et la falaise.
Mais je ne suis ni eau, ni sable, ni falaise.
Ni la ligne imaginaire qui les sépare
Quand je plonge Flottant ou coulant Franchissant de l’air la limite
Les yeux ouverts Je ne suis ni oxygène ni eau Je serais carbone et os
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En cette âme, le continu des vibrations de l’univers, qui me définit et m’entoure de ses bras d’étoiles, respirer. Peau nimbée de lumière.
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Je suis le seul en cet instant de brume à me plonger dans la mer.
Je suis le seul, en ce lieu, envahi de ses brumes, à plonger dans l’Océan.
Seul, je plonge dans l’Océan, entre la falaise et la brume, au loin, mais si proche, son blanc de lait flottant.
En ce jour de brume et de pluie, bercé, déployé dans l’âme liquide et aérienne
Tomber en une onde Qui accompagne l’Océan
A mes pieds en ses vagues Me voici bercé d’un nuage
Soudé aux sables il m’allège Il me prolonge
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Le corps pétri par la pluie, l’atmosphère, le vent, la rotation de la Terre, son attraction, accompagne le paysage qui sculpte ses mots. En ce lieu, visages, et mes mains qui font ces visages. J’apporte à la glaise des lèvres et des fronts. Je donne à la marée des regards qu’elle prend.
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Ductile le corps, baigné dans la fraîcheur de l’Océan. Les vagues venues de si loin, lui donnent de l’énergie et le forment. Il se livre, telle une plage faite du sable des érosions, transformée à tout instant par le reflux incessant.
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Mais l’Océan peut-être un miroir au matin.
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Sable, lissé Rocher, épuisé Lumière, inventée
La glaise aux mains Forme un visage
Il attend sa fin (Attendant sa fin, En respirant le sel
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Je reconnais mes mains Elles sont de silice et de glaise Elles émergent de la falaise À côté de mon visage