Inachevé de la joie 44 – rive du Saint-Laurent – entre Petit-Matane et Sainte-Félicité

Au refus global nous opposons la responsabilité entière
Manifeste du refus global

Rives du Saint-Laurent – Gaspésie - entre Petit-Matane et St-Félicité
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Où les champs sont conjugués à la mer. Plage échouée dans mon émerveillement. Où s’assoir pour disparaitre.

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Sable, bois, sillons de culture, échoueries et galets, improbables là, devant moi. Cultures et plage, blés et coquillages, séparés par une clôture en rondins.   Ferme au-dessus, sur la falaise. Champ contigu à la mer, mer tout contre le travail des hommes. Habitant l’un et l’autre pendant mes marches vers St-Félicité. J’aimerais vivre dans ce lieu conjugué au souffle salin.

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Si le corps peut devenir aérien, c’est bien ici, dans cet espace-temps improbable où les champs sont bordés de vagues, où de la plage on voit les sillons à travers les églantiers, au pied de la falaise.

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Réchauffé par un soleil nu dans le ciel bleu. J’acquiers la légèreté du bois échoué.
Je suis l’arbre mort qui a navigué jusqu’ici. Je suis imbibé des parfums de roses et de la mer. Du cœur lointain des profondeurs qui faisait circuler la sève.

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Éclats de bois là-bas, je peux les confondre avec un guillemot, un cormoran ou un phoque. Vent qui apaise. Les cris des mouettes et des istorlets. Être jeté à la mer et se poser sur une plage. Ne rien demander, respirer.

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Comme flottant entre sable et eau, champ labouré. Odeur de foin et de sel, calme de l’absence d’humains, cris d’oiseaux. Revêtu de l’air, flottant dans la rivière du souvenir, j’imagine cette terre détachée de la Gaspésie, un refuge, me donnant l’écriture légère des restes d’arbres séchés lentement, blancs, immobiles entre les marées.

L’immobilité n’est-ce pas la mort ? Ce qui est entendu, c’est le bois poreux qui résonne des évènements autour de moi.


S’arrêter, s’assoir
Entendre, et humer
Autour des odeurs de foin et d’algues
Se surprendre à être
Soulevé par les vagues


***

Embruns sur le visage
Églantiers me suspendant dans l’air
Mon regard sur les eaux mué en ses vagues

Je voudrais rester ici
À attendre une marée
Un emportement

Pour retrouver la beauté des rives
Avec la mer et les champs
Un autre reflux de joie

Avant de disparaître
Salé comme l’Océan
Bu par le soleil

***

Le paysage est une addition de sensations et de perceptions. Le lieu est la somme de relations de soi avec les vivants et les éléments, des relations des vivants entre eux. Dans beaucoup de lieux, heureusement, l’humain est de passage. Il fait alors paysage, mais le lieu le façonne, le détermine.

***


Le bois n’est pas encore sorti de mon corps.


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Le sable et l’eau
Vols au loin
Derrière moi les sillons
Lignes obliques
La clôture de bois
Masquée d’églantiers

***
En accord avec le sable
Glissant vers l’Océan
Au diapason des roses
Allégé

***

Seule une marche sur la rive révèle ce qu’il en est du lieu, de son unité de labours et de sable, de rosé, de verts et de bruns, de végétal et de pierres.

Le cultivateur là-haut, au bord de la 132, les rares marcheurs de la plage, les autres vivants, apeurés ou indifférents, sauvages.
S’assoir pour le devenir un instant, sur l’échouerie, l’indompté. Regarder le vent.
La rive de sable se répète en moi. Assis, à l’écoute, attendant, le dos appuyé à la falaise, parfumé des fleurs des champs et des sels. En suspens.

***

Cette langue de terre labourée derrière moi où s’entrelacent les églantiers. Devant moi, la plage aux bois pensants. Entre moi et le fleuve, l’Océan, goût iodé qui émerge avec les algues, les coquilles, les échoueries.